Lettre ouverte à Madame la ministre de la santé

Ceci est une lettre qui nous a été envoyée par un responsable syndical de l' Allier. Cette lettre avait été adressée à la ministre de la santé pour l' interpeller sur la réalité des dépressions et suicides dans cette région et pour lui demander de mettre en place une simple cellule d'écoute psychologique pour les familles en souffrance et le classement de la dépression en maladie professionnelle.

Madame la ministre ne s'est pas donnée la peine de répondre...

L’agriculture vit aujourd’hui une crise profonde, crise économique, crise identitaire, les agriculteurs supportent maintenant le contre coup des politiques agricoles successives.

[...] Elles font d'eux des producteurs de plus en plus fragiles et vulnérables. La spécialisation poussée des exploitations, les énormes moyens de production nécessaires, l’endettement important, la gestion de plus en plus pointue des fermes agricoles accroissent tous les jours un peu plus le stress des femmes et des hommes qui font ce métier.

Quand vous ajoutez à cela le dérèglement climatique qui a entraîné cette année des précipitations hors normes (700mm) notamment dans la partie Est du département ? La pression des acteurs économiques qui gravitent autour de l’agriculture, pour certains allant même jusqu’au harcèlement, je pense notamment aux banques qui exigent toujours plus, vous êtes effectivement sur un terrain de plus en plus favorable au développement de nombreuses formes de maladies psychologiques dont les dépressions. Souvent méconnues, ignorées voire occultées, elles font des ravages dans les campagnes notamment dans la forme ultime qu’est la tentative de suicide ou même le suicide proprement dit.

Mettre fin à ses jours apparaît pour nombres de paysans dépressifs la solution à leurs problèmes et la seule manière à leurs yeux d’échapper au système économique qui tous les jours les écrasent un peu plus, leur rendant la vie impossible ou la moindre contrariété apparaît comme invivable.

Notre devoir est bien sûr d’éviter à tout prix l’isolement et d’essayer dans la mesure du possible de faire s’exprimer tous ces gens, mais la tâche parait bien insurmontable tellement aujourd’hui le système se révèle violent et cruel poussant la majorité d’entre nous au confinement et au renferment sur soi. Travailler toujours plus pour faire face, obnubile l’immense majorité des agriculteurs, leur interdisant ainsi de pendre le moindre recul.

Le résultat, nous le connaissons : notre métier détient le triste record des suicides.
C’est pourquoi, madame, je m’adresse à vous, afin, que dans le cadre de vos responsabilités vous fassiez admettre la dépression comme maladie professionnelle et le suicide comme accident du travail, cela me paraît la moindre des choses, si cela ne répare en rien le mal fait, peut être cela permettra-t-il de pendre conscience du drame des campagnes et de combattre plus efficacement cette maladie qui bascule tant de familles dans la détresse et le désespoir.

Je pense qu’il est possible de mettre en place une cellule psychologique afin d’aider les plus fragiles à ne pas sombrer, je suis conscient de la difficulté à mettre en place une telle structure mais cela vaut peut être le coup d’être tenter.

Il est bien sûr utopique de penser à un monde meilleur ou l’être humain serait au centre de toutes les préoccupations : au vue des derniers épisodes de la crise et de sa prise en compte par les pouvoirs publics et consulaires (notamment dans l’Allier) cette pensée apparaît à des années lumières.

J’ai conscience en vous écrivant de briser un tabou, mais je pense que la situation est suffisamment grave, nous nous devons d’agir tous ensemble et rapidement au-delà de nos différences politiques ou philosophiques.

J’espère que ce courrier retiendra toute votre attention, et entraînera de votre part la mobilisation nécessaire à la mise en place de cette exigence.

Recevez, madame mes salutations distinguées


Depoil Jean Claude