Deuil après un suicide

Lu sur le site de SOS Suicide Phénix


Le deuil après suicide, on le sait, fragilise les proches, l'entourage, provoquant doute, détresse, colère, identification au défunt. Lorsqu'il s'agit d'un suicide, certaines spécificités apparaissent et risquent d'entraîner les personnes endeuillées vers des difficultés particulières.
Le suicide est vécu comme un véritable séisme. Mais passé ce premier moment, ces réactions tout à fait compréhensibles, commence le travail de deuil, longue période douloureuse mais nécessaire.


  • Tout suicide à sa part de mystère.


Tout ce que l'on peut dire c'est qu'elle s'est suicidée parce qu'elle était; dans un état de souffrance telle que sa vie était devenue intolérable. Pour mettre fin à sa souffrance, pour que tout s'arrête, elle n'a pas trouvé d'autre solution que de se donner la mort.

Vouloir comprendre au-delà, c'est se torturer, c'est se poser des questions qui risquent de rester à jamais sans réponse. La crise suicidaire est multifactorielle, évolutive et vécue dans le plus intime secret de l être.

Admettre que la personne qui s'est suicidée emmène avec elle sa part de mystère, qu'il n'y a pas à la juger mais à s'efforcer d'accepter qu'on ne pourra jamais tout comprendre.


  • A la mort d'un être cher, le premier mouvement peut pousser à aller le rejoindre. C'est particulièrement vrai après un suicide.


Cette tentation n'a rien d'exceptionnel. Elle ne doit pas effrayer. Elle est une étape temporaire sur le chemin du deuil et le temps peu à peu estompera ces pensées.
Après un suicide des identifications au défunt ne sont pas toutes négatives. L'endeuillé peut s'approprier; certains traits physiques et/ou des qualités morales de celui qui n'est plus. C'est une manière concrète de garder son souvenir et de prolonger l'histoire de la famille.


  • La première attitude devant la mort est le refus. Il est universel. Chez certaines personnes, le refus de la réalité du suicide ne cède pas, il s'aggrave et devient un véritable déni. Le travail de deuil se bloque, la dépression s'installe durablement et des complications peuvent survenir.


Les positions de refus et de déni sont des signes de souffrance qu'il faut respecter. Habituellement elles cèdent avec le temps. Sinon; des difficultés risquent de survenir qui devront être prises en charge.


  • Le suicide révolte. La colère survient presque systématiquement dans le deuil après suicide. La refouler dans l'instant serait prendre le risque qu'elle réapparaisse plus tard et complique le deuil.


Cette colère se mêle à l'affection, à l'amour, à l'attachement. C'est pourquoi la personne en deuil cherche à réprimer cette colère qui ne lui semble pas convenable et pourtant elle n'est ni étonnante ni indécente.


  • Les sentiments de culpabilité occupent souvent une grande place dans le vécu du deuil. Ils sont encore plus forts après un suicide et encore davantage après le suicide d'un jeune.


La culpabilité est le sentiment le plus intense exprimé par les endeuillés. La culpabilité, mécanisme de défense habituellement retrouvé en situation post-traumatique, a pour fonction essentielle de maintenir un lien avec le disparu, de garder un fil rouge dans l'espoir de donner un jour un sens au geste.

Selon les étapes du deuil, des réactions différentes sont susceptibles d'émerger:


  • Sentiment de choc et de déni
  • Engourdissement des émotions
  • Pleurs, chagrins profond
  • Sentiments de colère, de honte
  • Grande anxiété
  • Douleur et désespoir
  • Auto-accusation et culpabilité
  • Retrait de la vie sociale


Ces réactions sont normales et il est important de rassurer l'endeuillé à cet effet. Toutefois la douleur entrainée par suicide étant difficile à assumer, un endeuillé peut désirer obtenir un appui extérieur, la recherche d'une aide professionnelle, la participation à un groupe de soutien.


Le deuil est un chemin très long, labour des cœurs et des âmes. Peut-on dire un jour « j'ai fini mon travail de deuil » ? La fin d'un deuil n'est pas la fin de la douleur. Un deuil laisse des cicatrices qui peuvent redevenir douloureuses lors d'autres deuils ultérieurs, aux dates anniversaires, ou à tout autre moment où le souvenir de celui qui nous a quitté ressurgit avec une force particulière. Le deuil se termine quand nous pouvons vivre en paix avec le souvenir des morts, lorsqu'ils sont passés pour nous d'une présence réelle à une présence intérieure qui, elle, ne nous sera pas enlevée.