Nous rassemblons ici quelques citations ou pensées, de philosophes, en rapport avec l'agriculture, le monde paysan ou le partage de la terre. Notre but en faisant cela est de montrer le décalage frappant qu'il existe entre ces penseurs universellement reconnus et les politiques brutales de l'état qui ont été menées à l'encontre des familles d'agriculteurs. Ce qui est frappant c'est que quelque soit leur école ou leur courant de pensée ces érudits sont unanimes pour reconnaitre la valeur du modèle de la petite exploitation familiale. Le modèle de développement choisit par l'état français est lui en contradiction totale avec le bon sens. (Cette rubrique est en cours de construction)
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« Vous devez avoir, dit Candide au Turc, une vaste et magnifique terre ? -- Je n'ai que vingt arpents, répondit le Turc ; je les cultive avec mes enfants ; le travail éloigne de nous trois grands maux : l'ennui, le vice, et le besoin. »
Candide, en retournant dans sa métairie, fit de profondes réflexions sur le discours du Turc. Il dit à Pangloss et à Martin : « Ce bon vieillard me paraît s'être fait un sort bien préférable à celui des six rois avec qui nous avons eu l'honneur de souper.[] Il faut cultiver notre jardin.
-- Travaillons sans raisonner, dit Martin ; c'est le seul moyen de rendre la vie supportable. »
D'après Candide, Voltaire
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"Les hommes ne sont point faits pour être entassés en fourmilières, mais épars sur la terre qu'ils doivent cultiver.
Plus ils se rassemblent, plus ils se corrompent. les infirmités du corps, ainsi que les vices de l'âme, sont l'infaillible effet de ce concours trop nombreux.
L'homme est de tous les animaux celui qui peut le moins vivre en troupeaux. Des hommes entassés comme des moutons périraient tous en très peu de temps.
L'haleine de l'homme est mortelle à ses semblables: cela n'est pas moins vrai au propre qu'au figuré."
Emile, Jean-Jacques Rousseau
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Les quatre pensées qui suivent sont extraites du "Traité du gouvernement civil" de John Locke.John Locke est considéré comme le père du libéralisme. Pourtant, on a beaucoup de mal à voir le rapport avec ses écrits et les politiques qui ont été menées par les dirigeants qui disent incarner le libéralime...25 "Soit que nous considérions la raison naturelle, qui nous dit que les hommes ont droit de se conserver, et conséquemment de manger et de boire, et de faire d'autres choses de cette sorte, selon que la nature les fournit de biens pour leur subsistance; soit que nous consultions la révélation, qui nous apprend ce que Dieu a accordé en ce monde à Adam, à Noé, et à ses fils; il est toujours évident, que Dieu, dont David dit*, qu'il a donné la terre aux fils des hommes, a donné en commun la terre au genre humain. Mais cela étant, il semble qu'il est difficile de concevoir qu'une personne particulière puisse posséder rien en propre. je ne veux pas me contenter de répondre, que s'il est difficile de sauver et d'établir la propriété des biens, supposé que Dieu ait donné en commun la terre à Adam et à sa postérité, il s'ensuivrait qu'aucun homme, excepté un Monarque universel, ne pourrait posséder aucun bien en propre :
mais je tacherai de montrer comment les hommes peuvent posséder en propre diverses portions de ce que Dieu leur a donné en commun, et peuvent en jouir sans aucun accord formel fait entre tous ceux qui y ont naturellement le même droit."
32. "Mais la principale matière de la proprièté n'ètant pas à présent les fruits de la terre, ou les bêtes qui s'y trouvent, mais la terre elle-mème, laquelle contient et fournit tout le reste, je dis que, par rapport aux parties de la terre, il est manifeste qu'on en peut acquérir la propriété en la même manière que nous avons vu qu'on pouvait acquérir la propriété de certains fruits. Autant d'arpents de terre qu'un homme peut labourer, semer, cultiver, et dont il peut consommer les fruits pour son entretien, autant lui en appartient-il en propre. Par son travail, il rend ce bien à son bien particulier, et le distingue de ce qui est commun à tous. Et il ne sert de rien d'alléguer que chacun y a autant de droit que lui, et que, par cette raison, il ne peut se l'approprier, il ne peut l'entourer d'une clôture, et le fermer de certaines bornes, sans le consentement de tous les autres hommes, lesquels ont part, comme lui, à la même terre commune. Car, lorsque Dieu a donné en commun la terre au genre humain, il a commandé en même temps à l'homme de travailler; et les besoins de sa condition requièrent assez qu'il travaille. Le créateur et la raison lui ordonnent de labourer la terre, de la semer, d'y planter des arbres et d'autres choses, de la cultiver, pour l'avantage, la conservation et les commodités de la vie, et lui apprennent que cette portion de la terre, dont il prend soin, devient, par son travail, son héritage particulier. Tellement que celui qui, conformément à cela, a labouré, semé, cultivé un certain nombre d'arpents de terre, a véritablement acquis, par ce moyen, un droit de propriété sur ses arpents de terre, auxquels nul autre ne peut rien prétendre, et qu'il ne peut lui ôter sans injustice."
33. "D'ailleurs, en s'appropriant un certain coin de terre, par son travail et par son adresse, on ne fait tort à personne, puisqu'il en reste toujours assez et d'aussi bonne, et même plus qu'il n'en faut à un homme qui ne se trouve pas pourvu. Un homme a beau en prendre pour son usage et sa subsistance, il n'en reste pas moins pour tous les autres : et quand d'une chose on en laisse beaucoup plus que n'en ont besoin les autres, il leur doit être fort indifférent, qu'on s'en soit pourvu, ou qu'on ne l'ait pas fait. Qui, je vous prie, s'imaginera qu'un autre lui fait tort en buvant, même à grands traits, de l'eau d'une grande et belle rivière, qui, subsistant toujours tout entière, contient et présente infiniment plus d'eau qu'il ne lui en faut pour étancher sa soif? Or, le cas est ici le même; et ce qui est vrai à l'égard de l'eau d'un fleuve, l'est aussi à l'égard de la terre."
34. "Dieu a donné la terre aux hommes en commun: mais, puisqu'il la leur a aussi donnée pour les plus grands avantages, et pour les plus grandes commodités de la vie qu'ils en puissent retirer, on ne saurait supposer et croire qu'il entend que la terre demeure toujours commune et sans culture.
Il l'a donnée pour l'usage des hommes industrieux, laborieux, raisonnables; non pour être l'objet et la matière de la fantaisie ou de l'avarice des querelleurs, des chicaneurs. Celui à qui on a laissé autant de bonne terre qu'il en peut cultiver et qu'il s'en est déjà approprié, n'a nul sujet de se plaindre; et il ne doit point troubler un autre dans une possession qu'il cultive à la sueur de son visage. S'il le fait, il est manifeste qu'il convoite et usurpe un bien qui est entièrement aux peines et au travail d'autrui, et auquel il n'a nul droit; surtout puisque ce qui reste sans possesseur et propriétaire, est aussi bon que ce qui est déjà approprié, et qu'il a en sa disposition beaucoup plus qu'il ne lui est nécessaire, et au-delà de ce dont il peut prendre soin."
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"L’homme n’est qu’un roseau, le plus faible de la nature; mais c’est un roseau pensant. Il ne faut pas que l’univers entier s’arme pour l’écraser: une vapeur, une goutte d’eau, suffit pour le tuer.[]Toute notre dignité consiste donc en la pensée."
Cette citation de Blaise Pascal peut sembler au premier abord, un peu incongru dans cette rubrique. Si nous avons eu envie de la faire figurer ici c'est que le philosophe semble nous avertir de la fragilité de la condition humaine. Le contraste est vraiment saisissant entre cet appel à la douceur, à la raison et la violence brutale des politiques de modernisation économique et culturelle qui s'est abattue sur les agriculteurs et leurs familles.
Non, ce n'est pas une goutte d'eau ou une vapeur qui nous a tués mais c'est bel et bien un bulldozer qui nous est passé dessus...
René Descartes, le célèbre philosophe et mathématicien Français, doit s'en doute lui aussi se retourner dans sa tombe, lui qui avait fait de la prudence le principe de sa philosophie et qui écrivait:
"Mais comme un homme qui marche seul et dans les ténèbres, je me résolus d'aller si lentement, et d'user de tant de circonspection en toutes choses que si je n'avançais que fort peu, je me garderai bien, au moins de tomber."